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Cojoloco, tiré de l'espagnol, signifie: " Le boiteux-fou"

 

Tout en restant très hétéroclite, ce blog ne poursuit aucune thématique si ce n'est mon propre délire.  Il se veut aussi un terrain de découverte pour les enfants qui apprécient particulièrement les animations.

Je profite par la même occasion de mettre un peu d'ordre dans mon passé, qui souvent très mouvementé n'a conservé qu'un ordre chronologique. 

 

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24 mars 2006 5 24 /03 /mars /2006 00:31
Marjolaine lui avait préparé un bon petit plat chinois, avec des bouchons à la vapeur, du riz cantonnais et des légumes sautés, tout ça accompagné d’un  choix de sauces piquantes dont le vieux Trambouille raffolait. En effet, c’était un de ces pêchés mignons. Il avait appris, lors de ces voyages, à apprécier les différentes sortes de piments, et depuis, il gardait des échantillons comme on conserve du bon vin. Pour lui, il s’agissait presque d’élixirs de jeunesse et de santé. Après le repas, ils faisaient toujours une longue sieste ensemble, qui pouvait durer l’après-midi. C’était comme s’ils récupéraient le temps perdu, lorsque Trambouille prenait la mer et laissait Marjolaine seule avec les enfants.

Trambouille était un personnage hors du commun. Avec l’âge il avait acquis une sagesse qui lui permettait de s’adapter aux situations, comme si la vie était un jeu poker. Il avait appris à deviner les cartes des autres pour savoir comment et à quel moment il fallait bluffer.  Marjolaine était bien la seule capable d’anticiper ses actions, elle ne le faisait pas exprès, elle relevait la tête, juste au bon moment, comme elle l’avait fait par deux fois encore ce matin. Trambouille s’était élevé, tout seul, dans la rue pendant l’entre-deux guerres. Son état d’alerte était presque constant, dès qu’il était éveillé. Il avait, ainsi, développé un sixième sens. Il pouvait flairer le danger, et même le mesurer. Pendant la Résistance, on le surnommait tout bonnement le radar. L’avoir dans son groupe, dans n’importe quelle situation, augmentait sensiblement l’espérance de survie du groupe. Mais, avec Marjolaine tout était très différent, il se sentait  en sécurité et son radar interne ne détectait pas certains de ses mouvements. Elle n’avait jamais été un danger pour lui. Elle avait un côté trop pur, pour être méchante. Marjolaine l’avait tellement observé, sans qu’il s’en aperçoive, que, pour elle, toutes les cachotteries de Trambouille, relevaient plus d’une manière d’être, que d’un esprit calculateur. Ils s’acceptaient tels quels tout simplement, sans jamais avoir cherché à changer l’autre.

Après la sieste, ils vaquaient tous deux à leurs occupations. Le repas du soir ne demandait guère de préparation. Ils mangeaient du fromage et de la charcuterie accompagnés de soupe ou de salade. Marjolaine avait l’habitude de préparer de la soupe en quantité qu’elle surgelait. Cela lui permettait de faire tout ce qu’elle avait envie, lecture, puzzles, tricot cinéma… Avec l’âge, elle était devenue très casanière. Et les personnes de son âge, avec leurs plaintes et leurs craintes, la fatiguaient. Seuls ses petits-enfants lui redonnaient l’envie de découvrir ce qui se passait à l’extérieur. Autrement ce qu’elle préférait, c’était encore les invités que Trambouille ramenait à la maison pour partager leur casse-croûte. Trambouille se liait d’amitié avec une facilité déconcertante, il appréciait avoir des personnes autour de lui pour conter mille et une histoires. Bon conteur au départ, il avait vraiment appris cet art magnifique en voyageant en Afrique et en écoutant les griots. Mais ce soir là, il n’y aurait pas d’invités. Trambouille était retourné s’enfermer dans son cabanon. Marjolaine avait dû l’appeler, par trois fois, pour qu’il vienne manger. En général, dès la première annonce du repas, Trambouille apparaissait, tel le chien de Pavlov. Trambouille ne mangeait,certes, plus les mêmes quantités, mais il n’avait pas perdu son appétit. Il se justifiait toujours de son grand appétit en disant fièrement : 

 

 

-« Un homme qui n’a pas faim est soit un homme malade, soit un homme mort ! »

 Et de toute évidence, il n’était, ni l’un l’autre. Marjolaine lui demanda,  à tout hasard, quelle pouvait bien être la surprise qu’il préparât pour le lendemain, bien qu’elle sut pertinemment qu’il ne lâcherait pas un mot.

 

 

« Mais voyons, ma citrouille, une surprise c’est une surprise, te l’annoncer, reviendrait à te faire un cadeau sans emballage. Demain, j’ai du travail pour la journée, mais après la sieste tu découvriras par toi-même. » Ils avaient tous les deux gardés de leur enfance ce goût pour l’enchantement. Trambouille n’était pas seulement un mari, mais il était surtout un amant qui n’avait jamais cessé de la reconquérir. 

Le lendemain, il passa toute la journée dans le jardin. La veille, il avait planifié, minutieusement, tous les emplacements. Puis, pour se simplifier le travail, il s’était fabriqué, à partir d’une branche de chêne, un outil de mesure, taillé en pointe, avec des encoches,  correspondant aux profondeurs auxquelles les bulbes devaient être mis en terre. 

Il avait planté de manière éparse, les crocus et les perce-neige qui seraient les premiers à surgir du sol, et à se marier aux primevères qui poussaient naturellement dans le jardin. Ensuite, il avait mis ensemble les bulbes des tulipes rouges avec ceux des jacinthes bleues qui créeraient, ainsi, des ensembles de formes et de couleurs contrastées. Marjolaine  pourrait, les voir depuis les fenêtres de la cuisine. En arrière plan, pour agrémenter le petit étang, pousseraient les lys roses et les pieds d’alouettes  de couleur bleue pâle qui surplomberaient, par leur taille, les autres fleurs. Marjolaine pourrait alors les contempler, assise à la terrasse, en lisant ses livres. Comme touche finale, dans les endroits les plus secs du jardin,  il avait semé à la volé, comme un magicien utilise sa poudre magique , des graines de pavots de Californie. Marjolaine succomberait sous leurs charmes, elle dont la fleur préférée était le coquelicot.

Trambouille  était fier de son coup de génie, après avoir planté toutes les fleurs, il ne restait plus qu’à s’occuper de son champ de bataille à lui, cette fois le tigré, recevrait une bonne leçon, de quoi lui enlever l’envie de revenir se promener autour de la maison. Il avait choisit la partie la plus sauvage du jardin, à une quinzaine de mètres de « la grotte de l’ours » il avait placé stratégiquement les pousses de valérianes et de chataires. Privilégiant trois endroits, en plein milieu des hautes herbes qui pousseraient rapidement dès l’arrivée du printemps. Il pouvait, ainsi, aisément surveiller les lieux, avec précision, depuis les croisées du cabanon.Il fit venir Marjolaine sur la terrasse et lui dit :

« Voilà, ta surprise est prête !» Marjolaine écarquilla les yeux : « Mais qu’est-ce donc ? Où est-elle ? »

Trambouille, sourit, de ce sourire en coin, qu’elle aimait tellement. Puis l’amena dans la cuisine. Et lui raconta comment, tour à tour, elle verrait le jardin refleurir avec le printemps. Il lui avait réservé, pour cette représentation unique,  la meilleure place pour chaque scène. Bien sûr, il ne pipa mot sur les pavots de Californie. Et garda pour lui son jardin secret truffé de valérianes et de chataires.

Marjolaine était  une fois de plus subjuguée par son ours.

                                                                  SUITE

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Published by Cojoloco - dans Essais en pagaille
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commentaires

Cojoloco 28/03/2006 08:50

En effet, Les Trambouilles sont une espèce en voie de disparition, ils ont été trop chassé, on dit que l'ivoire de de leur dents, avait des propriétés proche de celle du Magohamoth! Mais ceci semble tenir de la légende.Merci pour les corrections, un bug venu de nulle part. lol:--> Howard Buten, le vrai! Quel honneur! L'écrivain d'un des mes livres préférés de jeunesse, "Quand j'avais 5 ans je m'ai tué", livre que je conseille vivement aux jeunes, à partir de 10-12 ans.

Howard Buten 24/03/2006 23:23

Quelle histoire magnifique... un rêve... vrai.

marypistache 24/03/2006 20:47

Tu pourras l'effacer! Juste une question  à quoi sert ce qu'il y a devant certains de tes paragraphes : - par exemple? Doivent-ils réellement être là ??

marypistache 24/03/2006 09:14

Beau cadeau en effet... belle surprise de la part d'un homme qui, on le sent, aime sa femme! Rires! Si, c'était vrai ! Rires! Enfin, c'est une espèce rare à ce que j'ai entendu dire! Il y a donc des chanceuses sur terre ! A +++ ! Rires! La suite, la suite !!