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Cojoloco, tiré de l'espagnol, signifie: " Le boiteux-fou"

 

Tout en restant très hétéroclite, ce blog ne poursuit aucune thématique si ce n'est mon propre délire.  Il se veut aussi un terrain de découverte pour les enfants qui apprécient particulièrement les animations.

Je profite par la même occasion de mettre un peu d'ordre dans mon passé, qui souvent très mouvementé n'a conservé qu'un ordre chronologique. 

 

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Essais en pagaille

Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /2006 18:28

L’écriture s’impose à moi, comme un sujet d’examen est imposé à un collégien sur un banc d’école ? Et pourtant, cela fait longtemps que j’ai renoncé à l’écriture en tant que dictature académique. Que m’arrive-t-il ? Cela fait longtemps que je n’ai pas eu envie d’écrire comme aujourd’hui.

Car l’envie, dans ce cas, n’est pas suffisante ! Reiner Marie Rilke dans « lettres à un jeune poète », répondait clairement à son correspondant, qu’il ne fallait pas écrire, s ‘il n’en sentait pas profondément le besoin. Que se passe-t-il ? Renouerai-je , déjà maintenant, avec cette écriture que j’ai si fermement répudiée. Si tôt , me confronter à nouveau à elle, moi qui ne lui laissait une porte d’entrée, que pour mes vieux jours. Aurai-je vieilli si vite, sans m’en apercevoir ? Aurai-je mûri, moi le boîteux-fou, qui ai volontairement privilégié, l’extase du verbe, à l’immobilité de l’écrit. Ou alors ? Suis-je entrain de me corrompre ? Par vanité, en fixant mes propres pensées imparfaites dans des traces immuables, que désormais n’importe qui pourrait mal interpréter et utiliser selon ses intérêts. Le texte n’échappe pas au paradoxe de l’invention, celui qui veut que : que l’invention ne soit ni bonne, ni mauvaise, mais quelle dépende avant tout de l’usage que l’on en fait ! Que ce soit de l’usage de la bible ou de la théorie atomique. Me dois-je d’écrire ?

Je remercie trois blogueurs qui ont gentiment et sans le savoir provoqué  ce déclic.

Supr3me

Clara croche

Marypistache

Je prépare ma première histoire qui ne devrait pas tarder (à suivre...)

 

Par Cojoloco - Publié dans : Essais en pagaille
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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /2006 23:50

A 83 ans, Bertrand Bralong, avait encore de beaux restes, son regard goguenard témoignait, en silence, de ses expériences passées. Bien que le destin l’eût affublé de mille surnoms,  il ne répondait plus qu’à trois appels différents. Les gens «  biens, comme il faut » et  les autorités se devaient de l’appeler toujours « Monsieur Bralong », toute proximité de leur part était malvenue. Et c’était sans hésiter qu’il les aurait remis,  rapidement, à leur place. D’ailleurs, ceux qui le craignaient, avaient vite fait de japper de lui, sous le nom de «  Barbe Noire ». A son âge avancé, il ne souffrait toujours pas de cheveux blancs et marchait, sans canne, les mains jointes dérrière le dos. Il y 14  ans , lors de la naissance de son premier petit-enfant, il avait laissé pousser sa barbe. Taillée dans un bel arrondi, il en prenait soin au quotidien. Elle le rajeunissait à tel point qu’il entendait, régulièrement, de la part d’autres vieillards plus jeunes que lui , cette même rengaine : « Vous verrez, quand vous aurez mon âge » .  Il souriait d’un coin de la bouche et acquiesçait pour ne pas alourdir leur peine.

Mais « Barbe Noire » avait tout fait pour rester jeune, il n’avait pas voulu tuer l'enfant en lui. Il continuait,ainsi, à s'émerveiller de tout, etpar la même occasion  ne tarissait pas d’apprendre. Considérant la rencontre avec sa propre mort, comme un passage obligé, il l'attendait au détour de son chemin, sans que  se fut , ni une source d'inquiétude,  ni  une  peur dominatrice. Au contraire, la mort faisait partie de la vie et s'inscrivait dans son mouvement et  dans sa continuité.

Sa femme, la famille et les proches, quant eux, pouvaient allègrement se permettre de le héler sous le doux nom de « Trambouille ».  Un surnom qui correspondait à une confiance réciproque, à une amitié aguerrie, à des instants uniques  partagés  ensembles. Pour tous les autres, il appréciait un simple «  Monsieur Trambert », qui distillait un mélange parfumé de  respect et  de complicité.  

Le printemps approchant, Trambouille  avait décidé, ce matin-là, de mettre l’ordre dans « sa grotte de l’ours ». C’était un long cabanon de jardin, qu’il s’était offert le jour de sa retraite, territoire interdit et jardin de ses secrets. Même Marjolaine n’osait s’approcher à plus de dix mètres, sans risquer un  aboiement féroce  : 

-  « Qu’est-ce que tu  fous là ? Sacrebleu, tu travailles pour Big Brother maintenant ! »

Marjolaine Bralong était une petite femme menue mais courageuse, qui n’avait pas hésité à apprivoiser le gros ours, dans son bel âge. Malgré les apparences, elle savait s’y prendre pour obtenir de lui tout ce qu’elle désirait. D’une intuition toute naïve, elle avait compris le personnage très rapidement. Amour et amitié avaient trouvé leur place dans cette relation qui perdurait depuis bientôt 60 ans. Elle se plaisait à dire, qu'elle avait choisi Trambouille juste pour abandonner son nom de jeune fille, qui ne lui plaisait guère. A l’époque, elle s’appelait  encore  Marjolaine Courtepatte. 

Sur le pas de la porte de la cuisine, qui donnait sur la terrasse du jardin, Marjolaine cria dans la direction du cabanon. 

« Ohé ! Trambouille ! Si tu veux manger aujourd’hui… Faudra me faire des courses… la liste est prête… elle n’attend plus que toi » 

« Oui ! Ma Citrouille, j’arrive » c’est comme cela qu’il répondait à ses appels, juste pour le plaisir de la rime. 

Quand il arriva sur la terrasse, un chat tigré sortit, ventre à terre, de la maison, il avait dû entendre la voix de Trambouille, et  se doutait bien qu’il risquât gros à traîner dans la maison. 

« Saleté bestiole, si je trouve un seul poil sur mon fauteuil, je jure sur la tête de Flint, que je l’écharpe » pesta-t-il ? 

Trambouille avait gagné bien des combats dans sa vie, se mettre sur son chemin, en connaissance de cause, relevait vraiment de l’audace et de la témérité. Et pourtant, il y avait une guerre qu’il menait à perte depuis bien longtemps. 

Pour ses 50 ans, il avait, à l’époque, réuni sa famille et ses amis. Tout le monde avait été surpris de recevoir une pareille invitation de sa part. En effet, Trambouille était plutôt du genre à fêter ses anniversaires, dans les bois, autour d’un feu, avec pour seule compagnie un ou deux autres ours de son acabit. Tout le monde se doutait bien qu’il se tramât quelque chose d’important. Tant et si bien, que, lorsqu’il demanda un peu silence, l’assemblée cessa, aussitôt,  les discussions pour prêter attention. Avant de commencer, il s’assura que tout le monde le regardait. Il prit  le temps de croiser, un à un, les regards de chacune des personnes à qui il adressait plus particulièrement le message suivant : 

« J’ai décidé aujourd’hui, de poser mon premier principe de « Vieux-Con ». Dorénavant, je déclare la  guerre à  tous les chats ! » 

Quelques chuchotements légers se firent sentir dans l’assemblée. Ils n’échappèrent pas  à l’oreille de Trambouille, qui ne souriait pas du tout. 

« Silence, s’il vous plaît, je n’ai pas terminé et je suis le plus sérieux du monde, dans cette affaire ! » Trambouille poursuivit :  « Par conséquent je ne visiterai  plus, quiconque  possède un chat, ma décision est prise, et elle est irrévocable ! Je suis allergique aux chats, depuis ma plus tendre enfance, et j’estime que le temps des compromis est révolu. Je n’oblige personne à me recevoir, et vous serez  toujours les bienvenus chez moi.  De plus, je veux que le mot « chat »soit banni à jamais en ma présence, par respect pour ma décision et mon amitié » 

« Voyons Trambouille, tu ne peux pas faire ça… » Tenta Horace, un ami peintre. 

La réponse fusa en un instant  : «  Ecoute l’artiste, tu as passé ta vie à peindre et à faire ce tu voulais, je ne t’ai jamais jugé, alors si quelque chose, ici, ne te convient pas, tu es assez grand pour prendre la porte.  Pour moi, l'affaire est close ! » 

Pulpo, un vieux compagnon de flibuste, se leva. Les deux hommes s’adoraient, depuis la fin des temps, ni femme , ni embrouille n'était parvenue à les séparer. Il n’y avait que lui pour oser détendre l’atmosphère. Et, prenant les convives à témoin, d’un geste large de la main, il demanda:

« Excuse-moi, Trambouille, mais serait-il encore permis d’employer le mot  «chatte » en ta présence»

Un sourire asymétrique se dessina sur le visage de Trambouille, l’assemblée éclata de rire aussitôt, et la fête reprit de plus belle. Pourtant le message était passé ! 


SUITE

Par Cojoloco - Publié dans : Essais en pagaille
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Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /2006 00:00

Trambouille prit la liste des courses, en maugréant . Cela faisait un moment qu’il soupçonnait le tigré, de violer son territoire. Pareille provocation, pouvait encore le mettre hors de lui, pour la journée. Chemin faisant, il s’arrêta pour observer les mômes du quartier qui jouaient dans le square. C’est alors, que lui vint  une idée de vengeance. Comme d’habitude , il n’avait pas dit son dernier mot.

 

Il se dépêcha de remplir son cabas avec la commande de Marjolaine, puis se dirigea vers le rayon des aliments pour animaux de compagnie. Appela un des patineurs et lui demanda conseil sur les aliments pour chats. Une flopée de marques différentes, se battaient pour arnaquer les propriétaires  de chats en leur ventant les mérites de goût de tel ou tel produit. Mais n’allait-il pas lui aussi tomber, à cet instant dans le consumérisme galopant ? Etait-il, lui aussi une victime de la pub ? Trambouille se rassura aussitôt. Non ! Dans ce cas il s’agissait d’une bonne cause et d’une guerre juste ! La sienne.Finalement, il se décida pour gros sac en promotion, de 20 kg ,  « Croquettes Whiskys » , bios, lights et  sans alcool. Ce que tous les chats débiles du quartier,  habitués à la mal bouffe, devaient sûrement raffoler. Pour un voyageur, comme lui, qui avait parcouru tous les océans, avec régulièrement des chats à bord, il trouvait cela d’une idiotie sans pareille. Un chat qui n’est pas dénaturé, se nourrit par lui-même. Tout bon marin sait cela ! Que Diable! Bref , l’adage « Tel chat, tel maître » pouvait donc, aussi, être  valable.Il paya à la caisse et sortit du magasin.

En arrivant  au passage piéton, il  tomba sur Madame Tita, une vielle fille, qui avait pour habitude de raconter sa vie à qui voulait l’entendre. « Et merde ! » pensa-t-il. Chargé comme il était , il n’y avait pas moyen d’esquiver la discussion et la curiosité de la voisine.  

« Bonjour Monsieur Traaaambeeert » lui dit celle-ci, heureuse d’avoir trouvé prétexte pour ouvrir son bec.  

« Bonjour Madame Tiiiitaaaa » l’imita-t-il, sur le même ton stupide. Sans  lâcher les yeux de la vieille dame du regard.  

« En ben ! Vous êtes-bien chargé, dites voir, pour votre âge » ajouta-t-elle ?  

Trambouille n’était pas d’humeur à cancaner, Barbe Noire se réveillait en lui… :  

« Eh ouiiii ! Madame Tiiiiitaaaaa… Le sexe conserve ! vous trouverez ça dans le rayon lingerie, vous devriez essayer, même à votre âge, il n’est jamais trop tard !»  

Il la laissa complètement interloquée sur place, et n’attendit pas sa réponse pour traverser la route.

Avant de rentrer chez lui, il déposa discrètement son sac de croquettes, devant la maison entra dans la cuisine avec les commissions. Il attendit patiemment que Marjolaine se mit à déballer les victuailles. Puis ressortit sur la terrasse. En un éclair, il avait saisi le sac de croquettes et se dirigeait prestement, vers sa  « grotte de l’ours ». Masquant de son large dos, le butin précieux qu’il transportait. Marjolaine le regardait, depuis la cuisine, se diriger vers le cabanon. De la main droite, il s’acharnait à ouvrir la serrure, alors qu’il maintenait, de la main et du genou gauche, le sac de croquettes en équilibre. Le vieux bougre, il était encore habile. Elle n’avait pas  bien vu ce qu’il transportait, et ses cachotteries la faisaient plutôt rigoler. Ce qui comptait pour elle, c’est qu’il ait gardé toute son ardeur et qu’il ne la dépense pas à courtiser des jeunes filles, car la concurrence devenait de plus en plus massive tandis qu’elle vieillissait. Ce vieux briscard, elle en était très fière. Il lui avait donné de beaux enfants, bien que cela n’eût pas toujours été facile, pour elle, d’être la femme d’un marin comme lui.

Trambouille revint vers la cuisine, avec son air angélique. Marjolaine, en le regardant, ne pouvait éviter de remarquer les quelques gouttes de sueur qui perlaient sur son front et suivaient ses rides, comme de petits ruisseaux affluant vers de grands fleuves. Elle le trouvait toujours aussi craquant. En l’embrassant sur la bouche, elle lui demanda :

-«  Tout va bien,  mon filou ? »  

-« Oui, oui. A quelle heure mange-t-on aujourd’hui ? » S’enquit-il, persuadé qu’elle ne se doutait de rien.

-« Dans une petite heure, tout sera prêt » répondit-elle  

« Bon, eh bien …je m’en vais faire un petit tour, à tout de suite. »

Marjolaine était une cuisinière hors pair, elle savait mettre de la passion dans ses repas, elle tenait son ours par le ventre. comme il se doit! Et allez savoir pourquoi elle mettait toujours de l'origan dans tous ses plats!

Trambouille avait encore des courses à faire, pour mettre son plan à exécution. Un peu fatigué par les courses faites le matin. Il décida de prendre son vélo auquel il attacha la petite remorque, et se dirigea chez le pépiniériste. Arrivé au parking, il reconnut le groupe de rappeurs qui faisaient du Break-dance sur un grand carton. Il se dirigea vers eux, en jetant un regard circulaire autour de lui, leur fit le salut de reconnaissance, et leur demanda de lui garder son véhicule.  

«Ya pas de problème, quoi !» « Vous pouvez être tranquille, man ! » Le vieux avait la côte auprès des jeunes, comme eux, il était une figure de la rue.  Un théâtre à lui tout seul. Sorti, certes, d’une autre époque, mais jamais à cours d’anecdotes pour surprendre les jeunes en quête d’aventures. 

Trambouille rentra dans le magasin et ressortit, avec différents oignons de fleurs pour le jardin, et des pousses de valérianes et de chataires. Il remercia le groupe de jeunes et rentra pour le dîner. En arrivant chez lui, il traversa d’un trait le jardin en direction du cabanon. 

Marjolaine s’avança sur la terrasse en le voyant :

« Mais qu’est-ce que tu fabriques aujourd’hui encore ? » 

« Ne t’approches pas, c’est une surprise ? Vade retro Barjolaine! » Trambouille employait toujours ce surnom, quand elle commençait à l’agacer. 

« Bon dépêche-toi ! Le repas est prêt, et vu comme tu me traites, ne compte pas sur moi pour mettre la table » Elle tourna les talons et repartit dans la cuisine en faisant mine d’être fâchée. 

Ils se connaissaient si bien qu’ils s’utilisaient l’un, l’autre constamment pour alimenter leur quotidien. Chacun savait si bien les limites de l’autre,  qu’ils veillaient, sans efforts,  à ne pas les dépasser.

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