Je suis a Madrid , ma grand-mere vient de deceder.
Donc pas de nouvelle de moi, ni de publication,
jusqu'a mon retour.
Cojoloco, tiré de l'espagnol, signifie: " Le boiteux-fou"
Tout en restant très hétéroclite, ce blog ne poursuit aucune thématique si ce n'est mon propre délire. Il se veut aussi un terrain de découverte pour les enfants qui apprécient particulièrement les animations.
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Je profite par la même occasion de mettre un peu d'ordre dans mon passé, qui souvent très mouvementé n'a conservé qu'un ordre chronologique.
Il y a 6 curieux
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Je suis a Madrid , ma grand-mere vient de deceder.
Donc pas de nouvelle de moi, ni de publication,
jusqu'a mon retour.
Trambouille était un personnage hors du commun. Avec l’âge il avait acquis une sagesse qui lui permettait de s’adapter aux situations, comme si la vie était un jeu poker. Il avait appris à deviner les cartes des autres pour savoir comment et à quel moment il fallait bluffer. Marjolaine était bien la seule capable d’anticiper ses actions, elle ne le faisait pas exprès, elle relevait la tête, juste au bon moment, comme elle l’avait fait par deux fois encore ce matin. Trambouille s’était élevé, tout seul, dans la rue pendant l’entre-deux guerres. Son état d’alerte était presque constant, dès qu’il était éveillé. Il avait, ainsi, développé un sixième sens. Il pouvait flairer le danger, et même le mesurer. Pendant la Résistance, on le surnommait tout bonnement le radar. L’avoir dans son groupe, dans n’importe quelle situation, augmentait sensiblement l’espérance de survie du groupe. Mais, avec Marjolaine tout était très différent, il se sentait en sécurité et son radar interne ne détectait pas certains de ses mouvements. Elle n’avait jamais été un danger pour lui. Elle avait un côté trop pur, pour être méchante. Marjolaine l’avait tellement observé, sans qu’il s’en aperçoive, que, pour elle, toutes les cachotteries de Trambouille, relevaient plus d’une manière d’être, que d’un esprit calculateur. Ils s’acceptaient tels quels tout simplement, sans jamais avoir cherché à changer l’autre.
Après la sieste, ils vaquaient tous deux à leurs occupations. Le repas du soir ne demandait guère de préparation. Ils mangeaient du fromage et de la charcuterie accompagnés de soupe ou de salade. Marjolaine avait l’habitude de préparer de la soupe en quantité qu’elle surgelait. Cela lui permettait de faire tout ce qu’elle avait envie, lecture, puzzles, tricot cinéma… Avec l’âge, elle était devenue très casanière. Et les personnes de son âge, avec leurs plaintes et leurs craintes, la fatiguaient. Seuls ses petits-enfants lui redonnaient l’envie de découvrir ce qui se passait à l’extérieur. Autrement ce qu’elle préférait, c’était encore les invités que Trambouille ramenait à la maison pour partager leur casse-croûte. Trambouille se liait d’amitié avec une facilité déconcertante, il appréciait avoir des personnes autour de lui pour conter mille et une histoires. Bon conteur au départ, il avait vraiment appris cet art magnifique en voyageant en Afrique et en écoutant les griots. Mais ce soir là, il n’y aurait pas d’invités. Trambouille était retourné s’enfermer dans son cabanon. Marjolaine avait dû l’appeler, par trois fois, pour qu’il vienne manger. En général, dès la première annonce du repas, Trambouille apparaissait, tel le chien de Pavlov. Trambouille ne mangeait,certes, plus les mêmes quantités, mais il n’avait pas perdu son appétit. Il se justifiait toujours de son grand appétit en disant fièrement :
-« Un homme qui n’a pas faim est soit un homme malade, soit un homme mort ! »
Et de toute évidence, il n’était, ni l’un l’autre. Marjolaine lui demanda, à tout hasard, quelle pouvait bien être la surprise qu’il préparât pour le lendemain, bien qu’elle sut pertinemment qu’il ne lâcherait pas un mot.
« Mais voyons, ma citrouille, une surprise c’est une surprise, te l’annoncer, reviendrait à te faire un cadeau sans emballage. Demain, j’ai du travail pour la journée, mais après la sieste tu découvriras par toi-même. » Ils avaient tous les deux gardés de leur enfance ce goût pour l’enchantement. Trambouille n’était pas seulement un mari, mais il était surtout un amant qui n’avait jamais cessé de la reconquérir.
Le lendemain, il passa toute la journée dans le jardin. La veille, il avait planifié, minutieusement, tous les emplacements. Puis, pour se simplifier le travail, il s’était fabriqué, à partir d’une branche de chêne, un outil de mesure, taillé en pointe, avec des encoches, correspondant aux profondeurs auxquelles les bulbes devaient être mis en terre.
Il avait planté de manière éparse, les crocus et les perce-neige qui seraient les premiers à surgir du sol, et à se marier aux primevères qui poussaient naturellement dans le jardin. Ensuite, il avait mis ensemble les bulbes des tulipes rouges avec ceux des jacinthes bleues qui créeraient, ainsi, des ensembles de formes et de couleurs contrastées. Marjolaine pourrait, les voir depuis les fenêtres de la cuisine. En arrière plan, pour agrémenter le petit étang, pousseraient les lys roses et les pieds d’alouettes de couleur bleue pâle qui surplomberaient, par leur taille, les autres fleurs. Marjolaine pourrait alors les contempler, assise à la terrasse, en lisant ses livres. Comme touche finale, dans les endroits les plus secs du jardin, il avait semé à la volé, comme un magicien utilise sa poudre magique , des graines de pavots de Californie. Marjolaine succomberait sous leurs charmes, elle dont la fleur préférée était le coquelicot.
Trambouille était fier de son coup de génie, après avoir planté toutes les fleurs, il ne restait plus qu’à s’occuper de son champ de bataille à lui, cette fois le tigré, recevrait une bonne leçon, de quoi lui enlever l’envie de revenir se promener autour de la maison. Il avait choisit la partie la plus sauvage du jardin, à une quinzaine de mètres de « la grotte de l’ours » il avait placé stratégiquement les pousses de valérianes et de chataires. Privilégiant trois endroits, en plein milieu des hautes herbes qui pousseraient rapidement dès l’arrivée du printemps. Il pouvait, ainsi, aisément surveiller les lieux, avec précision, depuis les croisées du cabanon.Il fit venir Marjolaine sur la terrasse et lui dit :
« Voilà, ta surprise est prête !» Marjolaine écarquilla les yeux : « Mais qu’est-ce donc ? Où est-elle ? »
Trambouille, sourit, de ce sourire en coin, qu’elle aimait tellement. Puis l’amena dans la cuisine. Et lui raconta comment, tour à tour, elle verrait le jardin refleurir avec le printemps. Il lui avait réservé, pour cette représentation unique, la meilleure place pour chaque scène. Bien sûr, il ne pipa mot sur les pavots de Californie. Et garda pour lui son jardin secret truffé de valérianes et de chataires.
Marjolaine était une fois de plus subjuguée par son ours.
Trambouille prit la liste des courses, en maugréant . Cela faisait un moment qu’il soupçonnait le tigré, de violer son territoire. Pareille provocation, pouvait encore le mettre hors de lui, pour la journée. Chemin faisant, il s’arrêta pour observer les mômes du quartier qui jouaient dans le square. C’est alors, que lui vint une idée de vengeance. Comme d’habitude , il n’avait pas dit son dernier mot.
Il se dépêcha de remplir son cabas avec la commande de Marjolaine, puis se dirigea vers le rayon des aliments pour animaux de compagnie. Appela un des patineurs et lui demanda conseil sur les aliments pour chats. Une flopée de marques différentes, se battaient pour arnaquer les propriétaires de chats en leur ventant les mérites de goût de tel ou tel produit. Mais n’allait-il pas lui aussi tomber, à cet instant dans le consumérisme galopant ? Etait-il, lui aussi une victime de la pub ? Trambouille se rassura aussitôt. Non ! Dans ce cas il s’agissait d’une bonne cause et d’une guerre juste ! La sienne.Finalement, il se décida pour gros sac en promotion, de 20 kg , « Croquettes Whiskys » , bios, lights et sans alcool. Ce que tous les chats débiles du quartier, habitués à la mal bouffe, devaient sûrement raffoler. Pour un voyageur, comme lui, qui avait parcouru tous les océans, avec régulièrement des chats à bord, il trouvait cela d’une idiotie sans pareille. Un chat qui n’est pas dénaturé, se nourrit par lui-même. Tout bon marin sait cela ! Que Diable! Bref , l’adage « Tel chat, tel maître » pouvait donc, aussi, être valable.Il paya à la caisse et sortit du magasin.
En arrivant au passage piéton, il tomba sur Madame Tita, une vielle fille, qui avait pour habitude de raconter sa vie à qui voulait l’entendre. « Et merde ! » pensa-t-il. Chargé comme il était , il n’y avait pas moyen d’esquiver la discussion et la curiosité de la voisine.
« Bonjour Monsieur Traaaambeeert » lui dit celle-ci, heureuse d’avoir trouvé prétexte pour ouvrir son bec.
« Bonjour Madame Tiiiitaaaa » l’imita-t-il, sur le même ton stupide. Sans lâcher les yeux de la vieille dame du regard.
« En ben ! Vous êtes-bien chargé, dites voir, pour votre âge » ajouta-t-elle ?
Trambouille n’était pas d’humeur à cancaner, Barbe Noire se réveillait en lui… :
« Eh ouiiii ! Madame Tiiiiitaaaaa… Le sexe conserve ! vous trouverez ça dans le rayon lingerie, vous devriez essayer, même à votre âge, il n’est jamais trop tard !»
Il la laissa complètement interloquée sur place, et n’attendit pas sa réponse pour traverser la route.
Avant de rentrer chez lui, il déposa discrètement son sac de croquettes, devant la maison entra dans la cuisine avec les commissions. Il attendit patiemment que Marjolaine se mit à déballer les victuailles. Puis ressortit sur la terrasse. En un éclair, il avait saisi le sac de croquettes et se dirigeait prestement, vers sa « grotte de l’ours ». Masquant de son large dos, le butin précieux qu’il transportait. Marjolaine le regardait, depuis la cuisine, se diriger vers le cabanon. De la main droite, il s’acharnait à ouvrir la serrure, alors qu’il maintenait, de la main et du genou gauche, le sac de croquettes en équilibre. Le vieux bougre, il était encore habile. Elle n’avait pas bien vu ce qu’il transportait, et ses cachotteries la faisaient plutôt rigoler. Ce qui comptait pour elle, c’est qu’il ait gardé toute son ardeur et qu’il ne la dépense pas à courtiser des jeunes filles, car la concurrence devenait de plus en plus massive tandis qu’elle vieillissait. Ce vieux briscard, elle en était très fière. Il lui avait donné de beaux enfants, bien que cela n’eût pas toujours été facile, pour elle, d’être la femme d’un marin comme lui.
Trambouille revint vers la cuisine, avec son air angélique. Marjolaine, en le regardant, ne pouvait éviter de remarquer les quelques gouttes de sueur qui perlaient sur son front et suivaient ses rides, comme de petits ruisseaux affluant vers de grands fleuves. Elle le trouvait toujours aussi craquant. En l’embrassant sur la bouche, elle lui demanda :
-« Tout va bien, mon filou ? »
-« Oui, oui. A quelle heure mange-t-on aujourd’hui ? » S’enquit-il, persuadé qu’elle ne se doutait de rien.
-« Dans une petite heure, tout sera prêt » répondit-elle
« Bon, eh bien …je m’en vais faire un petit tour, à tout de suite. »
Marjolaine était une cuisinière hors pair, elle savait mettre de la passion dans ses repas, elle tenait son ours par le ventre. comme il se doit! Et allez savoir pourquoi elle mettait toujours de l'origan dans tous ses plats!
Trambouille avait encore des courses à faire, pour mettre son plan à exécution. Un peu fatigué par les courses faites le matin. Il décida de prendre son vélo auquel il attacha la petite remorque, et se dirigea chez le pépiniériste. Arrivé au parking, il reconnut le groupe de rappeurs qui faisaient du Break-dance sur un grand carton. Il se dirigea vers eux, en jetant un regard circulaire autour de lui, leur fit le salut de reconnaissance, et leur demanda de lui garder son véhicule.
«Ya pas de problème, quoi !» « Vous pouvez être tranquille, man ! » Le vieux avait la côte auprès des jeunes, comme eux, il était une figure de la rue. Un théâtre à lui tout seul. Sorti, certes, d’une autre époque, mais jamais à cours d’anecdotes pour surprendre les jeunes en quête d’aventures.
Trambouille rentra dans le magasin et ressortit, avec différents oignons de fleurs pour le jardin, et des pousses de valérianes et de chataires. Il remercia le groupe de jeunes et rentra pour le dîner. En arrivant chez lui, il traversa d’un trait le jardin en direction du cabanon.
Marjolaine s’avança sur la terrasse en le voyant :
« Mais qu’est-ce que tu fabriques aujourd’hui encore ? »
« Ne t’approches pas, c’est une surprise ? Vade retro Barjolaine! » Trambouille employait toujours ce surnom, quand elle commençait à l’agacer.
« Bon dépêche-toi ! Le repas est prêt, et vu comme tu me traites, ne compte pas sur moi pour mettre la table » Elle tourna les talons et repartit dans la cuisine en faisant mine d’être fâchée.
Ils se connaissaient si bien qu’ils s’utilisaient l’un, l’autre constamment pour alimenter leur quotidien. Chacun savait si bien les limites de l’autre, qu’ils veillaient, sans efforts, à ne pas les dépasser.
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